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Bienvenue à la maison // Penda Diouf //

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rencontre

Bienvenue à la maison

Durant les mois de février et mars, Penda Diouf est en résidence d'écriture à la Fabrique Théâtrale ainsi qu'à la maison des artistes et des citoyens. 
Le 2 avril, elle vous invite à découvrir son travail autour d'une lecture, à la maison des artistes et des citoyens. 

 

 

Note d'intention (extrait) 

En 1991, nous habitons à Moulins sur Allier, en Auvergne. Terre d’exil pour moi après avoir passé les 9 premières années de ma vie à Dijon.

Deuxième terre d’exil pour mon père après avoir quitté Dakar au Sénégal puis Dijon.
Troisième terre d’exil pour ma mère après avoir quitté Dimbokro, en Côte d’Ivoire, Dakar au Sénégal et Dijon.

C’est l’itinéraire maternel que j’ai envie de suivre aujourd’hui. La filiation paternelle fera l’objet d’un autre travail.

Ma mère est née à Dimbokro, en Côte d’Ivoire. Elle y vivra les 24 premiers mois de sa vie, sans pouvoir se rendre compte des disputes qui fissurent déjà le couple parental. Sa mère, 19 ans se sépare de son conjoint. Ce dernier, mon grand-père, enlève ma mère à sa famille et quitte le pays pour Dakar, au Sénégal. Il mourra 6 ans après. Tout contact est rompu avec le pays d’origine de ma mère.

En 1991, nous habitons à Moulins sur Allier, en Auvergne lorsque nous recevons un appel d’un dénommé Konan, qui se présente comme le cousin de N’deye Koumba Sy. Ma mère.  Dans la même année, elle fera un chemin inverse, retournant à l’âge de 41 ans dans un pays qu’elle ne connaît pas, dont elle ne maîtrise pas la langue (le baoulé), dont elle est très éloignée culturellement mais où vit toute sa famille. Ma famille.
Le jour du retour au village, beaucoup de vieilles femmes ressemblant à ma mère sont assises sur leurs talons devant le portail de la maison familiale. Toutes petites, le teint clair, les cheveux gris et courts, les pommettes saillantes. Des vieilles à la peau tirée par l’âge et les travaux aux champs. Ma mère les salue, chacune, sans savoir laquelle est sa propre mère, la femme l’ayant mise au monde 41 ans plus tôt. C’est la dernière à lui être présentée. Elles tombent dans les bras l’une de l’autre. Mon arrière grand-mère, décédée peu de temps après notre rencontre, est là également.

Cette première nuit passée dans la maison familiale, des bruits de portes et de fenêtres claquées se font entendre dans toute la maison. Difficile de fermer l’œil. Lorsque mes parents interrogent le lendemain matin sur l’origine de l’agitation, ma tante répond naturellement que les esprits de la famille ont manifesté leur joie car la famille est enfin réunie.

Plus tard, je verrai l’endroit où les placentas des femmes ayant accouché dans la famille est enterré. Il manque celui de ma mère uniquement. Sa terre est ailleurs.

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